Show don’t tell : comment montrer plutôt que raconter
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Un comité de lecture le repère souvent dès les premières pages d’un manuscrit : un texte qui raconte les émotions au lieu de les faire vivre perd les lecteur·rices. Le show don’t tell, ou montrer plutôt que raconter, est l’une des techniques d’écriture les plus recherchées par les auteur·rices qui veulent donner du souffle à leur récit. Voici comment la comprendre, et l’appliquer.
Comprendre le show don’t tell
Définition et origine
Le show don’t tell est une règle d’écriture qui consiste à faire ressentir une émotion ou une situation à travers l’action, le geste et des détails concrets, plutôt que de les énoncer directement. Montrer plutôt que raconter, le « show » plutôt que le « tell », c’est laisser les lecteur·rices reconstruire elles et eux-mêmes ce que vit un personnage, au lieu de le leur expliquer.
L’origine de l’expression est plus disputée qu’il n’y paraît. On l’attribue traditionnellement à Tchekhov, qui aurait conseillé de ne pas dire que la lune brille, mais de montrer l’éclat de la lune sur un verre brisé, une formule que plusieurs chercheurs jugent aujourd’hui illusoire, tant elle reste difficile à retracer dans sa correspondance. Reste que le principe s’est imposé dans la tradition anglo-saxonne du creative writing, avant de gagner l’édition francophone, jusqu’à devenir un réflexe de lecture pour une large partie des professionnel·les du livre.
Son importance pour un comité de lecture ou un lectorat
Chez Édith & Nous, le regard que notre équipe éditoriale, en comité de lecture, porte sur chaque manuscrit permet de repérer un roman qui bascule dans l’explicite : c’est souvent l’un des premiers signaux qui distingue une plume maîtrisée d’une écriture encore hésitante.
Ce regard éditorial s’appuie sur une conviction simple : une même émotion, un même « coup de foudre », peut se raconter d’une infinité de façons, et c’est précisément dans cette recherche que se joue la singularité d’une écriture. Nous aimons découvrir une histoire, suivre les personnages, construire nos propres interprétations, comme devant un film où l’on fait confiance aux spectateur·rices pour comprendre l’intrigue sans qu’on leur surligne chaque indice.
Intégrer cette technique, c’est être capable de sentir le moment où montrer sert le texte, mais aussi de repérer celui où le telling reste le bon choix.
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Repérer les erreurs de telling et les transformer en show
Les erreurs qui trahissent un premier jet
Certaines erreurs trahissent presque toujours un passage en telling, c’est-à-dire raconter au lieu de montrer, dans un roman ou un récit.
Les adverbes
Premier réflexe à corriger : les adverbes, qui viennent commenter une émotion à la place des lecteur·rices, comme si le texte n’avait pas confiance dans sa propre scène.
Les verbes d’état
Deuxième erreur fréquente : les verbes d’état, être, sembler, paraître, s’installent par réflexe et figent le récit au lieu de le faire avancer.
Les verbes de filtre
Troisième erreur, plus discrète : les verbes de filtre. « Elle vit que la pièce était vide », « il sentit que quelque chose n’allait pas », « elle remarqua que son ton avait changé » : ces tournures glissent une couche de perception entre le personnage et la scène, alors qu’il suffit souvent de supprimer le verbe de filtre pour que l’action existe directement. Elles comptent parmi les marqueurs de telling les plus fréquents dans un premier jet.
Les émotions nommées
Enfin, l’erreur la plus visible : les émotions nommées frontalement, la peur, la colère, la joie, qui empêchent les lecteur·rices de les découvrir par elles et eux-mêmes, à travers un geste ou une réaction physique.
Ce sont ces quatre erreurs qu’il faut apprendre à repérer dans un premier jet, avant même de chercher à les corriger.
Quelques astuces pour écrire en show
Passer parle geste
Un état intérieur se traduit rarement mieux que par une action ou un geste. Des mains qui se crispent chez un personnage, un regard qui se détourne, un pas qui ralentit, en disent souvent plus long qu’une émotion nommée.
Le détail sensoriel
Un seul détail bien choisi, une odeur, une texture, un bruit, suffit à ancrer une scène dans le corps des lecteur·rices. Inutile d’en accumuler plusieurs dans le même passage : la précision fonctionne mieux que l’accumulation.
Le dialogue
Les répliques d’un personnage dans un roman portent naturellement l’émotion et l’information, sans qu’il soit nécessaire de les commenter juste après. Un dialogue bien construit montre le caractère et l’état d’esprit sans jamais les énoncer.
Exemples
Version telling : Mélissa était anxieuse à l’idée de se rendre à ce rendez-vous.
Version show : La lumière de la salle d’attente était terne et aveuglante à la fois. Mélissa ne cessait de se tortiller les doigts, et sursautait au moindre passage. Elle fixa longuement l’horloge accrochée en face d’elle ; le tapotement de ses bottes rattrapait celui des aiguilles des secondes.
Version telling : La maison était sinistre et abandonnée depuis des années.
Version show : Le lierre avait englouti la moitié de la façade. Une fenêtre du premier étage claquait au vent, la vitre depuis longtemps brisée. Sur le perron, les mauvaises herbes avaient fendu les dalles, et une plaque au nom effacé pendait encore au-dessus de la sonnette.
Dans les deux cas, le lectorat n’a plus besoin qu’on lui dise ce qu’il faut ressentir : il le voit, il le croit, et il se construit sa propre histoire. C’est précisément ce que la technique du show don’t tell cherche à provoquer à chaque scène d’un roman.
Nuancer et passer à la pratique
Quand le telling reste préférable
Les transitions
Montrer n’est pas une règle absolue : vouloir tout montrer finit souvent par alourdir un texte plus qu’il ne le sert. Les transitions temporelles, un changement de lieu, un saut dans le temps, gagnent à rester en telling : personne n’a besoin de voir un personnage traverser une ville en détail pour comprendre qu’il change de scène.
Les ellipses
Les ellipses narratives fonctionnent sur le même principe : elles permettent de resserrer le récit sur ce qui compte vraiment, en laissant de côté ce qui n’apporte rien à l’intrigue.
Les informations secondaires
Enfin, les informations secondaires, un contexte, un rappel, une précision logistique, passent souvent mieux en une phrase directe qu’en une scène développée qui détournerait l’attention des lecteur·rices.
Le rythme
Montrer prend de la place. C’est l’argument le plus décisif, et souvent le moins évident : un roman entièrement écrit en show s’étire, ralentit, et finit par perdre la tension qu’il cherchait à créer. C’est exactement ce que repère un comité de lecture face à un manuscrit trop démonstratif, qui multiplie les scènes développées là où une phrase suffirait.
Une variation selon les genres
Le show ne s’applique pas de la même façon selon le genre du roman. Un polar joue sur la rétention d’informations, et laisse le show installer le doute avant la révélation.
Une romance s’appuie sur le détail sensoriel et le geste pour faire monter la tension entre deux personnages.
Un récit de vie, lui, assume davantage de telling, car la voix et le recul de qui raconte font partie du texte au même titre que les scènes montrées. Repérer ces nuances fait aussi partie du regard qu’un comité de lecture porte sur un manuscrit.
Un exercice pratique pour finir
Prenez l’une de ces phrases écrites au telling « elle était épuisée », « il se sentait seul », « ils étaient sous le choc », ou reprenez une émotion récemment nommée dans un de vos textes, et réécrivez-la en vous appuyant sur un geste, un détail sensoriel ou une réplique. Relisez ensuite les deux versions à voix haute : c’est souvent à l’oreille que l’on entend mieux la différence entre raconter une scène, et la faire vivre !
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Le show don’t tell n’est pas une règle d’écriture absolue, mais une parmi d’autres, qui s’apprend en observant, texte après texte, ce que vos scènes donnent à voir plutôt qu’à comprendre. Pour progresser plus largement, nos 5 conseils pour améliorer votre style d’écriture complètent utilement cette technique. Chaque relecture est une occasion de plus d’écrire un roman où les personnages vivent l’action, avant de la laisser s’expliquer.
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