La belle histoire de Simon Fulleda
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L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Comme c’est le cas pour beaucoup d’auteurs, on trouvera au fond d’un placard, chez mes parents, des carnets dans lesquels un enfant de dix ans a ébauché un maladroit roman d’heroic fantasy sur quelques dizaines de pages quadrillées. Les choses sérieuses ont commencé il y a un peu moins de dix ans, quand j’ai écrit le mot « fin » à la dernière page de mon premier manuscrit, un roman historique dans la France du XVIIe siècle.
J’ai alors pris conscience qu’il n’était pas insurmontable d’achever une œuvre de 50 000 mots, qu’il s’agissait moins d’une montagne que d’un long chemin qu’on parcourt pas à pas. Galvanisé par cette idée, grisé par le plaisir que j’y prenais, je n’ai plus cessé d’écrire.
Seuls deux critères étaient entre mes mains : la qualité du texte, et le nombre de tentatives.
Estimant, peut-être à tort, que ce premier manuscrit méritait d’être lu, il m’a paru dans la suite logique de chercher à le faire publier. J’ai alors découvert une deuxième montagne, bien plus intimidante : le monde de l’édition, et son impitoyable processus de sélection. J’ai lu les articles, écumé les forums, dévoré les podcasts, épluché les interviews, comme sont sans doute en train de le faire certains lecteurs de ce texte que je salue chaleureusement. Ne lâchez pas, on est ensemble.
J’en ai tiré deux certitudes.
D’abord, tout le monde écrit, ou presque.
Ensuite, personne n'est publié. Ou presque.
Il n’est pas nécessaire d’être un grand mathématicien pour en déduire que le taux d’acceptation des manuscrits est proche d’epsilon.
Il m’a aussi semblé que la publication dépendait d’une multitude de facteurs sur lesquels je n’avais aucune prise : calendrier éditorial, sensibilité esthétique de l’éditeur, intérêt de la maison pour les sujets traités… Seuls deux critères étaient entre mes mains : la qualité du texte, et le nombre de tentatives. J’ai donc travaillé mes textes, et ai multiplié les possibilités de les mettre entre les mains d’un éditeur.
Sans réseau, éloigné du monde de l’édition, cela consistait principalement à cibler le plus largement possible les maisons d’édition, à imprimer des manuscrits papier, à les envoyer par mail. Continuer à écrire, aussi, puisque chaque manuscrit terminé rajoutait une chance, même infinitésimale, d’être publié. J’ai multiplié les envois, reçu des lettres types de refus par dizaines, pour mon premier texte, mais également pour le suivant, et encore le suivant, et encore… À chaque fois, la même excitation au moment de glisser l’enveloppe dans la boîte aux lettres ou de cliquer sur « Envoyer ». Comme un joueur compulsif qui gratte son ticket pour le plaisir étrange, mais humain, d’y croire sans y croire.
J’avais acté que je réitérerai peut-être cette démarche pendant dix, vingt, trente ans, peut-être jusqu’à la fin, sans trop d’espoir. Le plaisir de l’écriture et l’excitation de l’envoi du texte suffisaient à me satisfaire et à me motiver.
Sans Édith & Nous, je n’aurais jamais fait cette rencontre pourtant décisive.
Progressivement, et sans la moindre perspective de publication, l’écriture a pris une place démesurée (d’aucuns diraient délirante) dans l’organisation de ma vie. Je me suis mis à guetter les moments où je pourrais me mettre devant mon ordinateur et faire avancer un texte. J’ai consacré de plus en plus d’énergie à une activité qui ne me rapportait absolument rien, à part la satisfaction d’entendre ma mère me dire que c’était vachement bien (merci maman !).
J’ai découvert Édith & Nous fin 2023, alors que j’avais déjà plusieurs textes dans mes tiroirs, et étais en train d’écrire ce qui deviendrait Le Regret des astres. J’y ai tout de suite vu un ticket de plus dans la grande loterie de la soumission de manuscrits, une opportunité supplémentaire qui rajoutait une chance infime aux autres modes d’envoi de mes textes. J'y ai déposé mes manuscrits achevés, puis Le Regret des astres au printemps suivant. J’ai été contacté à peine quelques jours après le dépôt du texte par les éditions Quartier libre, à qui je ne l’avais pas adressé, et pour cause : je n’avais pas commencé les vagues d’envois, et, de leur côté, leur premier roman n’était pas encore publié. Sans Édith & Nous, je n’aurais jamais fait cette rencontre pourtant décisive.
Je me souviens encore du jour où j’ai reçu le message sur la plateforme, de mes recherches pour vérifier qu’Édith & Nous ne collaborait qu’avec des maisons à compte d’éditeur, pour m’assurer que ce n’était pas un faux espoir.
J’ai rencontré Mathilde Bonte-Joseph, l’éditrice responsable de la maison, qui m’a fait part de son enthousiasme pour le texte et m’a suggéré des pistes de travail, en me laissant un peu de temps pour réfléchir avant de signer un contrat d’édition. L’idée qu’une professionnelle du monde du livre estime que ce que j’écrivais méritait d’être lu, que des gens pourraient trouver mon livre en librairie, le feuilleter, l’acheter, y prendre du plaisir était un peu lunaire. Le travail éditorial a été très agréable, j’ai adoré remanier le texte pour parvenir à un résultat abouti, voir l’objet exister.

Depuis la publication, les retours sont excellents. Beaucoup de lecteurs m’écrivent directement via la maison d’édition ou les réseaux sociaux, et me disent avoir été touchés par cette histoire. Le Regret des astres existe et se déploie, nous avons même dû lancer une réimpression pour satisfaire la demande. La maison d’édition fournit un travail considérable de promotion pour faire connaître cette œuvre au milieu des centaines de textes publiés depuis fin août. J’ai participé à des salons, des rencontres en librairie, et je prends toujours autant de plaisir à dédicacer un livre ou à échanger avec un lecteur ou un futur lecteur. Un premier lancement du livre a eu lieu à Paris, où je vis, c’était un moment dont je me souviendrai, je crois, toute ma vie. Un « deuxième lancement » a eu lieu dans ma ville natale, à Béziers, en présence de mes parents, de ma famille et de tous ceux qui ont compté pour moi depuis l’enfance, ce qui était au moins aussi merveilleux.
Si je peux me permettre un conseil aux aspirants auteurs, [...] c’est de ne surtout pas lâcher, de persévérer, d’accepter que cette aventure leur échappe en partie [...].
L’excitation des premiers jours n’est pas retombée, mon émerveillement demeure intact. Il s’agit de la réalisation d’un rêve de gosse, que j’avais pourtant mis de côté en estimant qu’il ne se produirait peut-être qu’à la retraite, voire jamais. Tout cela n’aurait pas existé sans Édith & Nous, qui m’a sans doute fait gagner dix ou vingt ans de ma vie d’auteur en mettant mon manuscrit entre les mains d’une maison d’édition dont je n’avais jamais entendu parler, qui s’est avérée être la bonne pour porter et défendre ce texte.
J’ai surtout conscience de ma chance : tout cela aurait pu ne pas exister, il y a énormément de bons textes qui ne trouvent pas d’éditeur. Si je peux me permettre un conseil aux aspirants auteurs, du haut de ma toute petite stature de primo-romancier, c’est de ne surtout pas lâcher, de persévérer, d’accepter que cette aventure leur échappe en partie, et de suivre ces deux préceptes simples en croisant les doigts : travailler et tenir.
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