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Léa Bory : Créer un podcast littéraire

Par 

Léa Bory

Le 

Mar 12, 2026

Léa Bory est la créatrice de Torchon, un podcast de critiques littéraires « qui lit des livres pour que vous n’ayez pas à le faire ». Elle est également bloggeuse et écrit régulièrement sur la littérature.

Pourquoi avoir choisi le support du podcast plutôt qu’un autre ? Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement avec ce mode de communication ?

À l’origine, j’avais une petite chaîne Youtube, « Tais-toi et tricote », que j’avais lancée pendant le deuxième confinement à l’hiver 2020 : le concept était simple, je tricotais face caméra et je parlais de ce que je voulais. Assez rapidement, j’ai compris grâce à elle que, un, je ne voulais parler que de livres et, deux, je ne voulais plus voir ma tête. Le podcast offre une liberté de longueur qu’on trouve maintenant rarement en ligne : je peux radoter pendant une heure sur un livre sans problème. Ça offre aussi la liberté d’être anonyme pour certains des amis que j’invite sur le podcast, ou alors, la liberté d’enregistrer en pyjama, sans maquillage, en gueule de bois… Le podcast, c’est un peu une échappatoire à ce que TikTok est en train de faire à Internet : pas besoin de résumer sa pensée en une phrase, pas besoin de filtres sur mes cernes, et pas besoin de prendre trois mille précautions avant d’avancer une idée qui peut, peut-être, ne pas faire l’unanimité en ligne.

Comment avez-vous trouvé le thème et l’angle de votre podcast ? Pourquoi cette direction vous semblait importante dans le panorama littéraire actuel ?

« Lire des livres pour que vous n’ayez pas à le faire », c’est un genre de vidéo que j’adore regarder sur Youtube, mais c’est souvent un peu frustrant, car c’est surtout le prétexte pour se moquer doucement de mauvais livres. Rapidement, après quelques épisodes de Torchon, je me suis rendue compte que j’étais trop « premier degré » pour me moquer franchement de ces livres. Je trouve que c’est important de prendre au sérieux ces textes, et donc leurs lecteurs, et d’expliquer pourquoi les livres à succès plaisent : quelles sont les causes extrinsèques (la campagne promotionnelle, par exemple) et intrinsèques (les qualités du texte). Enfin, ça ne m’empêche pas, après tout ce travail, de trouver certains livres très risibles ou très minables, mais j’estime qu’on laisse quand même la chance au livre de se défendre, avant d’en rire !

Les livres à succès sont souvent considérés comme un ensemble homogène, alors qu’au fond on ne peut parler d’eux qu’au cas par cas. Pour caricaturer le panorama littéraire actuel, certains diront que les livres populaires sont forcément bons car ils sont populaires, « vox populi, vox dei », et d’autres diront que les livres populaires sont forcément mauvais car ils sont populaires, car leurs lecteurs seraient bassement grégaires. Ce que je veux apporter à ce panorama, c’est un très banal « ça dépend ». 

Comment préparez-vous vos épisodes ?

Le choix des livres dont on va parler dépend de nombreux facteurs, car il n’y a pas qu’une seule manière d’être populaire. Déjà, je fais une veille quotidienne sur les réseaux sociaux, dans les palmarès de vente, dans les médias, et dans les librairies. Ensuite, il y a la question de la motivation. Je propose à des amis certains livres, et parfois ça tombe à l’eau : si personne n’a envie de lire tel ou tel livre, moi inclus, eh bien l’épisode ne se fera pas ! J’essaye aussi de varier les types de livres. En ce moment j’en ai un peu marre du développement personnel, j’ai l’impression d’avoir fait le tour du sujet. Par contre, j’ai une obsession pour le genre de la romance.

Ensuite, on lit le livre, on se retrouve une heure avec mon chroniqueur pour en parler sans s’enregistrer, je prépare un conducteur, puis on enregistre entre une heure et une heure vingt. Et enfin, il y a le plus long : le montage. Je prends bien entre cinq et six heures de montage pour réduire l’épisode à moins de 50 minutes. Ce travail est très important, car, sauf exception, aucun d’entre nous n’est « critique professionnel » au départ. Certains chroniqueurs viennent sans note, d’autres avec des pages entières, et donc le montage est clé pour proposer quelque chose d’à la fois naturel, mais tout de même intéressant. 

Comment faire pour se renouveler avec ce genre de format, pour proposer un contenu toujours original ?

Ce qui est bien avec la littérature à succès, c’est que c’est sans fin ! Je n’ai qu’à rester à l’écoute de ce qui se dit des livres pour faire des découvertes. Donc je n’ai pas encore ce problème-là, j’ai l’impression, à l’inverse, de ne pas faire assez d’épisodes et de ne défricher que certains sujets qui me tiennent à cœur. Et en même temps, pour créer un épisode de 50 minutes sur une seule œuvre, je me dis que, pour certains livres, j’ai passé plus de temps sur eux que n’importe qui, à part l’auteur et l’éditeur…

Mais j’ai envie de proposer des formats différents sur le même thème du « torchon » : inviter plus d’experts et d’universitaires pour parler non seulement de cette littérature, mais aussi de ses lecteurs, et faire plus d’épisodes sur les « serviettes », sur des classiques ou des livres coup de cœur, un peu comme une soupape de sécurité pour moi et mes chroniqueurs. J’aimerais aussi faire plus d’épisodes en public, ainsi que des formats plus courts et informels, plus simples à produire pour moi…

Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté dans votre rapport aux textes, à l’écriture, et à la littérature en général ?

Le podcast fait que j’ai un rapport beaucoup plus réflexif à ma lecture et à mes choix de livres : je suis toujours en train d’analyser pourquoi j’aime ou je n’aime pas certaines choses, que ce soit dans mes lectures pour le podcast ou pour mon plaisir. Ça a aussi changé mon rapport aux autres lecteurs : en soirée, je serai celle qui demandera « tu lis quoi en ce moment ? », et c’est assez frappant de voir à quel point les gens ont souvent honte soit de ne pas lire beaucoup, soit de lire des livres « pas bons ». Ça m’attriste beaucoup à vrai dire, car j’ai une vision moins sacralisée de la littérature avec un grand L. Il existe des livres très bons comme des livres très mauvais, mais mettre des auteurs ou des livres sur un piédestal, c’est un peu fini pour moi. Ça rend paradoxalement mon rapport aux livres très joyeux et décomplexé : je me dis que je ne suis jamais à l’abri d’une très belle surprise, dans des genres moins reconnus par la critique actuelle, par exemple. Dans la même veine, je vois beaucoup plus les auteurs comme des artisans : j’ai beaucoup plus de mal avec des livres qui ont l’air profondément bâclés, et j’aimerais qu’on parle plus du métier d’écrivain comme quelque chose qui requiert de la technique et du temps, et pas du génie.

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