Pourquoi le NaNoWriMo a-t-il fermé ?
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Il est impossible de comprendre où en est NaNoWriMo actuellement, sans fournir un peu de contexte et sans aborder des sujets que l’organisation a historiquement choisi de ne pas traiter.
Kilby Blades — State of Nanowrimo, an update to our community, (mars 2025)
Qu’est-ce que le NaNoWriMo ?
Un défi d’écriture
Le NaNoWriMo (National Novel Writing Month, défi national d’écriture de roman) est, à l’origine, un défi d’écriture lancé de manière informelle en 1999. Le principe est simple : écrire un roman de 50 000 mots en un mois, traditionnellement en novembre. Chaque année, à la même date, des milliers de participant·es se lancent dans ce marathon créatif. Ce qui n’était au départ qu’un challenge entre quelques passionné·es est rapidement devenu un rendez-vous annuel incontournable pour des dizaines de milliers d’écrivain·es amateur·rices à travers le monde.
Devenu une organisation à but non lucratif
Face à l’ampleur croissante de l’événement, NaNoWriMo s’est structuré au fil des années. En 2006, l’initiative devient officiellement une organisation à but non lucratif, avec pour mission de démocratiser l’écriture créative, d’encourager les pratiques artistiques et de rendre l’acte d’écrire plus accessible. Au-delà du challenge de novembre, l’organisation développe progressivement des ressources pédagogiques, des événements communautaires locaux, ainsi qu’un programme dédié aux jeunes écrivain·es.
Avec une large communauté d’auteurs et d’autrices
NaNoWriMo s’est surtout distingué par la force de sa communauté : forums, groupes locaux, « write-ins », échanges de conseils et motivations ont permis à des centaines de milliers de participant·es de se sentir soutenu·es dans un projet d’écriture souvent solitaire. La liste de diffusion de l’organisation compte plus d’un demi-million d’abonné·es à elle seule, avec des taux d’engagement élevés : preuve de l’attachement réel à l’événement, à son esprit national puis international, et à ses valeurs.
Avec le temps, NaNoWriMo (souvent abrégé en « NaNo ») est devenu bien plus qu’un simple défi d’écriture de roman ; pour beaucoup, c’était un rituel annuel, un point d’ancrage créatif, voire une porte d’entrée vers une pratique durable pour écrire toute l’année.
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Pourquoi le NaNoWriMo a-t-il fermé ?
Plusieurs facteurs
Comme l’explique Kilby Blades, directrice exécutive par intérim de NaNoWriMo, dans un communiqué visuel publié en mars 2025, sa fermeture ne s’explique pas par une cause unique, mais par une accumulation de fragilités, principalement financières et organisationnelles, aggravées par une série de crises récentes.
Un manque de pérennité dans sa structure
Contrairement à l’image que pouvait donner une communauté aussi vaste, et ancienne, de participant·es, l’organisation disposait de ressources très limitées et pas de mécanisme de pérennité. Son budget annuel était proche de 1,3 million de dollars, un montant relativement faible pour une structure de cette envergure. Entre 2018 et 2024, NaNoWriMo a fonctionné à déficit pendant quatre années sur six. Pour continuer à opérer, l’organisation a régulièrement puisé dans ses réserves de trésorerie, jusqu’à contracter en 2020 un prêt d’aide COVID de 150 000 dollars, une dette qu’elle porte encore aujourd’hui.

Un modèle économique instable
Un autre signal préoccupant concernait les sources de financement. Là où de nombreuses organisations à but non lucratif reposent majoritairement sur des dons, NaNoWriMo tirait plus de la moitié de ses revenus de la vente de produits dérivés et de partenariats. Les dons individuels, eux, étaient en baisse constante, rendant le modèle économique de plus en plus fragile. Malgré cela, peu de communications publiques laissaient transparaître l’ampleur des difficultés financières, ce qui a contribué à un décalage entre la perception des participant·es et la réalité interne.
Des problèmes techniques
À cela s’est ajouté un sous-investissement chronique dans la technologie et les programmes liés à l’écriture en ligne. Moins de 9 % du budget était consacré aux dépenses liées aux programmes et aux outils numériques. Les plateformes NaNoWriMo, dont la dernière mise à jour majeure remontait à 2018, étaient devenues difficiles à maintenir et proches de la rupture technique (un problème souligné chaque année par les participant·es).
Une succession de crises internes
L’année 2023 marque un tournant avec une série de crises internes, notamment liées à la modération, à la gouvernance et à la gestion de la communauté d’auteur·rices. Ces tensions ont entraîné une perte de confiance, des départs au sein de l’équipe et du conseil d’administration, et une fatigue générale autour de la structure. En 2024, malgré plusieurs tentatives de relance financière (ventes aux enchères, événements littéraires, grande campagne de dons pour l’anniversaire), la situation restait instable.
Privée de mécanismes de pérennité solides (fonds de dotation, réseau de grands donateurs, subventions régulières), affaiblie par des années de déficit et par des crises de gouvernance, l’organisation s’est retrouvée dans l’incapacité de poursuivre ses activités. La décision de fermeture de NaNoWriMo apparaît ainsi moins comme un échec soudain que comme l’aboutissement d’un déséquilibre structurel ancien, devenu impossible à corriger.
Quel est l’avenir de ce challenge ?
Une reprise communautaire, décentralisée
En France, ce challenge pourrait renaître sous une forme décentralisée, portée par des collectifs d’écrivain·es bénévoles, des médiathèques et des associations culturelles à but non lucratif. On pense au « Mois de l’Écriture », un challenge d’écriture collective organisé, tout comme le NaNo, chaque année en novembre, via un serveur Discord avec des sessions quotidiennes, des lives et des entraides entre écrivain·es. Des collectifs internationaux s’élancent, comme le « Novel Quest, Shut Up & Write », ou des communautés de sprint d’écriture (notamment sur Discord), en proposant des sessions de groupe pour s’encourager et définir des objectifs.
Une version numérique indépendante
En France, la fermeture de NaNoWriMo ne signe pas nécessairement la fin de l’élan collectif autour de ce défi d’écriture. Déjà, des collectifs d’écrivains, des associations et des créateurs indépendants réfléchissent à de nouvelles formes pour faire vivre l’esprit du NaNo. Plus souples, plus locales ou entièrement numériques, ces initiatives misent sur la force des participant·es, sur une inscription accessible à toutes et tous, et sur le plaisir d’écrire.
La plateforme française WriteControl propose un équivalent appelé NaNoWriCo, qui reprend le challenge d’écrire 50 000 mots en novembre. Les écrivain·es peuvent y suivre automatiquement leurs statistiques d’écriture, participer via la communauté Discord et relever le challenge directement sur la plateforme. Celles ou ceux qui atteignent l’objectif entre le 1er et le 30 novembre peuvent recevoir l’impression gratuite de leur manuscrit, sous réserve de respecter les règles du concours.
En clair, cette belle initiative proposée en 1999 ne s’éteindra pas, pas tant que le désir d’écrire portera les auteur·rices, peu importent les moyens de se motiver et d’atteindre la dernière ligne de leur manuscrit.
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