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Conseils écriture

Libérer sa créativité à travers l’écriture automatique

Par 

Sacha Schubenel

Le 

Mar 24, 2026

«L’écriture automatique et les récits de rêves présentent l’avantage de proposer une clé capable d’ouvrir indéfiniment cette boîte à multiple fond qui s’appelle l’homme.»
(André Breton)

L’écriture automatique est un procédé qui consiste à court-circuiter le contrôle conscient en rédigeant rapidement, en laissant venir les mots de manière intuitive, sans censure ni intervention rationnelle. L’histoire de cette pratique traverse le spiritisme, la psychologie et la littérature d’avant-garde. Revenons à ses origines, pour comprendre comment cet exercice peut développer votre écriture et libérer votre créativité.

 

Qu’est-ce que l’écriture automatique ?

Une brève histoire de l’écriture automatique

Les origines spirites (XIXe siècle)

L’écriture automatique, ou la psychographie, apparaît dans le contexte du spiritisme, au milieu du XIXème siècle, en Europe et en Amérique du Nord. Elle est popularisée en 1861 par Allan Kardec (un philosophe, traducteur et pédagogue français) dans son Livre des Médiums, texte fondateur du spiritisme. À l'origine, ce procédé ne vise pas la création littéraire, mais bien la communication avec les esprits : une personne médium autorise un esprit à guider le stylo sur la page. Il devient alors possible de produire un texte sans contrôle conscient complet.

L’appropriation psychologique (fin XIXe – début XXe)

Au tournant du XXesiècle, avec le développement de la psychologie moderne, l’écriture automatique attire les chercheurs et nourrit notamment les travaux de Sigmund Freud sur l’inconscient. Elle devient alors une méthode d’exploration des associations et des contenus qui émergent lorsque l’on suspend la réflexion consciente. Freud s’en inspire pour développer « l’association libre », qui consiste à exprimer les pensées, images ou souvenirs qui viennent à l’esprit, sans filtre, sans plan, sans correction. Les mots contournent la censure consciente et font surgir des contenus et idées inattendus.

Illustration évoquant l'inconscient

La révolution surréaliste (années 1920)

Le début du XXe siècle marque aussi une ère de rébellion des arts : de nombreux artistes et courants artistiques s’affranchissent des règles qui ont longtemps structuré la création. La poésie se libère progressivement des formes fixes, la peinture remet en question la perspective, tandis que la musique explore de nouvelles harmonies. C’est dans ce contexte de rupture esthétique, avec l’intérêt croissant pour l’inconscient, que le mouvement des surréalistes s'empare de l’écriture automatique pour renouveler la création littéraire.

En 1919, André Breton et Philippe Soupault expérimentent cette méthode et publient le premier texte issu de cette démarche : Les Champs Magnétiques. Influencé par Freud concernant l’inconscient et l’interprétation des rêves, Breton poursuit son expérimentation en publiant en 1924 son Manifeste du surréalisme, dans lequel il vante et explore la richesse de la création parce qu’il appelle « l'automatisme psychique pur » : « Un moyen de se laver la pensée des contaminations de la raison ». Il se passionne pour les images brutes de la psyché, qu’il considère comme une source de création authentique. Il fonde même le Bureau de recherches surréalistes, lieu d’expérimentation et de collectes de rêves et de textes produits de manière intuitive.

Parmi les héritages de ces expérimentations figure le « cadavre exquis ». Inventé notamment par Breton et Jacques Prévert, le principe est simple : il suffit que, chacun écrive ou dessine à tour de rôle sur une feuille pliée, sans voir l’ensemble. Le nom même de ce jeu tient de la première phrase créée : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau ».

Poème formé en cadavre exquis d'André BRETON, fait avec des mots découpés dans le journal
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Pourquoi l’écriture automatique libère la créativité

Si cette technique, appelant les esprits, ou invoquant l’inconscient, est toujours utilisée aujourd’hui, que ce soit en psychologie ou en création artistique et / ou littéraire, c’est parce qu’elle agit sur plusieurs blocages intérieurs.

Dépasser l’autocensure

La critique intérieure

Créer, que ce soit poser des mots sur une page blanche, comme peindre sur une toile blanche, peut être parfois éprouvant : on peut ressentir une certaine pression de bien faire, une peur de gâcher ou de rater la création, une peur d’aller dans une mauvaise direction ou de ne pas être à la hauteur. L’acte d’écrire induit parfois de faire face à cette petite voix qui juge la moindre pensée et le moindre geste. Si cette critique est utile lors de la réécriture, elle peut freiner, voire paralyser la création. L’écriture automatique propose de la contourner en rédigeant rapidement, plus vite que cette petite voix embêtante.

La peur du jugement

Au-delà de son propre jugement, celui des autres peut nous bloquer aussi : ce procédé, n’étant pas destiné à être publié ni relu immédiatement, supprime cette attente. L’absence d’enjeu rend l’acte d’écrire bien plus libre et ludique.

Accéder à l’inconscient et aux images profondes

Associations libres

C’est en lâchant prise, en cessant de contrôler nos phrases que nos idées peuvent, peu à peu, s’enchaîner naturellement, et souvent amener de l’inattendu. Un mot en appelle un autre, une image surgit, une nouvelle pensée apparaît : l’inspiration se manifeste, de façon intuitive.

Émergence d’idées inattendues

C’est cette imprévisibilité qui rend cette pratique intéressante pour la créativité. Même quand elle n’offre pas de solution logique à notre blocage, de façon contradictoire, elle nous pousse à raisonner et invoque des alternatives. L’inconscient vient s’exercer.

Comme un Watson pour un Sherlock Holmes, l’écriture automatique ne donne pas la solution : elle digresse, explore, et permet d’envisager d’autres voies.

Retrouver le plaisir brut d’écrire

État de flux

Lorsque l’on écrit sans interruption pendant longtemps, on peut entrer dans un état particulier, appelé “état de flux”. L’attention est consacrée à l’activité, le temps change de forme, et l’écriture devient plus fluide et naturelle.

Détachement du résultat

Pour relâcher la pression et se laisser aller dans cet exercice, il est important de s’abandonner, un moment, sur la page : ne pas chercher à produire un texte parfait, ne pas anticiper le résultat, être au présent, et laisser ce présent s’écrire tout seul. L’idée est de revenir au plaisir “pur” d’écrire pour écrire, sans objectif autre que de créer. C’est parfois en n’ayant aucune attente envers un acte d’écriture que l’on fait naître un texte vivant et authentique.

Comment pratiquer l’écriture automatique ?

Quelques règles suffisent pour s’élancer dans cette pratique : pas besoin d’un matériel particulier, seulement de quoi écrire, et un chronomètre ou une montre en bonus.

Les règles de bas

Temps limité

La plupart des exercices se font sur une courte durée : une limite de temps aide à rester concentré et évite de trop analyser. Donnez-vous entre 5 et 15 minutes pour commencer.

Écriture continue

Il est essentiel de laisser venir les mots en continu, même quand aucune idée ne vient : on peut noter tout ce qui nous passe par la tête ou décrire ce que l’on ressent sur le moment, ou bien jouer avec les textures des mots, les consonances, sans s’attacher au sens. Le mouvement doit rester constant.

Pas de relecture immédiate

Le moment de relire est volontairement repoussé, pour éviter de réactiver le jugement critique et casser l’élan.

Un protocole simple en 5 étapes

Préparer l’espace

Trouver un espace calme, chez vous ou à l’extérieur, avec de quoi écrire manuellement (ou un ordinateur, si vous préférez). L’objectif est de limiter la distraction : soyez consacré à ce lâcher-prise.

Choisir un déclencheur (ou non)

Pour certains, commencer avec un mot, une phrase, une image ou une musique est un moyen plus facile pour enclencher cet état. D’autres préfèrent faire sans et se laissent porter par ce qui leur vient. À vous de choisir.

Écrire sans s’arrêter

L’essentiel de ce procédé est la continuité, alors écrivez sans lever le stylo du papier (ou les doigts du clavier), et surtout, ne revenez jamais en arrière. Peu importe si vos phrases semblent maladroites, incomplètes, ou insensées.

Laisser reposer

Une fois le temps écoulé, laissez votre texte dans un coin pendant quelques minutes, ou quelques heures.

Relire et extraire

Relisez, et soulignez les fragments d’idées, d’images qui vous semblent intéressantes. Ceux-ci peuvent devenir un nouveau point de départ pour une histoire, pour un décor, pour l’expression d’un sentiment : ils peuvent vous mener à un texte plus construit, à un déblocage, à de l’inspiration.

Cadavre exquis réalisé par André BRETON, Louis ARAGON, Paul ÉLUARD et René CHAR

Variantes et exercices

À partir d’un mot

Partez d’un mot simple (comme “forêt”, “silence”, “visage”), ou d’un mot que vous prenez au hasard dans un ouvrage. Puis, laissez-vous aller à cette écriture en laissant les associations d’idées se développer peu à peu sur votre page.

exemple d’écriture automatique en partant de « forêt » : La forêt devient peu à peu un débris qui se souvient d’une lumière lointaine que personne ne pouvait échapper sans son écharpe noire.

À partir d’une émotion

Vous pouvez aussi partir d’une sensation, d’un sentiment, comme la joie, la nostalgie, la colère, le désir. Invoquez les images et les souvenirs, laissez-les émerger librement.

exemple d’écriture automatique en partant d’un souvenir / du sentiment de nostalgie : Je me souviens de son visage riant comme une poire, brillant comme une toile, et toutes les caresses viennent offrir à l’homme au chapeau un café bouillant qui n’effacera pas sa grisaille mais qui cherchera sans cesse un moyen de se souvenir de dire bonjour à sa femme sans qu’elle ne le sache.

Même si l’impulsion est donnée par un mot, ou par une émotion, vous découvrirez rapidement que le flot de pensées construira l’histoire avant votre conscience, et vous amènera là où vous ne serez probablement jamais allé.

En groupe

L’écriture automatique peut être pratiquée collectivement. En théâtre, par exemple, elle prend la forme d’ « écriture de plateau” », via des improvisations à plusieurs, qui servent souvent de base à la création contemporaine. Dans le cadre d’ateliers d’écriture (hors théâtre), les participants peuvent écrire ensemble, partager et mêler leurs textes.

À haute voix

Certaines personnes mâchent des mots spontanément, et peuvent se servir d’enregistrements vocaux pour laisser trace de cette écriture automatique. Alors, si vous sentez le besoin de lancer des idées à haute voix, c’est aussi une manière de libérer votre créativité.

Au fond, ce procédé d’écriture intuitive n’est pas tant un outil qu’un passage, une manière d’accéder à ce qui, en nous, échappe encore au langage maîtrisé. En acceptant de perdre un peu le contrôle, on découvre souvent une richesse inattendue, faite d’images, d’associations et de fragments qui n’attendaient qu’un espace pour apparaître. Peut-être suffit-il alors simplement de se laisser traverser, et de faire confiance à ce qui s’écrit, sans toujours chercher à comprendre.

 

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