La belle histoire de Pénélope Plessis
Par
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L’image d’Épinal de l’auteur voudrait qu’il soit né un crayon dans la main. Ce n’est pas mon cas. J’avais presque trente ans lorsque j’ai eu envie d’écrire mon premier roman et c’était, pour ainsi dire, ma première tentative d’écriture créative. Même si j’ai toujours inventé des histoires, il est tout de même assez curieux de se lever un matin et de découvrir qu’une idée de roman a germé dans la nuit. Il est encore plus stupéfiant de comprendre qu’elle ne vous lâchera pas, et que cette lubie deviendra le centre de votre quotidien pendant des mois, voire des années.
À l’époque, j’étais enseignante remplaçante et maman de deux jeunes enfants. J’ai écrit les premiers chapitres des Mikrosaures « à la lampe frontale », tant et si bien que toutes mes nuits ont été consacrées à cette histoire. Je pense pourtant que, malgré cette énergie déployée à lui donner vie, cette idée de roman aurait pu mourir dans l’œuf si je n’avais pas entendu parler de Plume d’argent. Il s’agissait d’une plateforme collaborative d’écriture, désormais fermée, que j’ai découverte grâce à une interview de Christelle Dabos, l’autrice de La Passe-miroir. Un jour, j’ai entendu quelqu’un dire que, pour être publié, il fallait d’abord écrire un roman. Amusant, non ? Je sais sans l’ombre d’un doute que c’est grâce à l’engouement des premiers lecteurs sur Plume d’argent que j’ai réussi à terminer, un an plus tard, mon manuscrit.
J’ignorais que j’entrais dans une phase de travail qui durerait plusieurs années.
J’étais enthousiasmée par cette première réussite (vraiment, aller au bout d’un manuscrit en est une en soi, qu’il devienne un livre ou non). Après un travail de relecture qui tenait en vérité plus de la relecture que du travail, je n’ai pas tardé à envoyer le texte à plusieurs maisons d’édition. Quelle folie ! Malgré tout, parmi les différents refus, j’ai reçu deux réponses encourageantes, dont l’une m’indiquant que le manuscrit allait être proposé en comité de lecture. Au lieu d’attendre les bras croisés, j’ai commencé à écrire une nouvelle histoire. Malheureusement, le texte n’a pas été retenu par la maison en question. Curieusement, au lieu de me décourager, cet « échec » a fait naître en moi une très grande détermination. Moi qui doute habituellement beaucoup, je savais que je devais accorder une chance supplémentaire à mon texte et cela n’irait pas, cette fois-ci, sans un véritable processus de réécriture. J’ignorais que j’entrais dans une phase de travail qui durerait plusieurs années. Pourquoi autant de temps ? Parce qu’en parallèle, la vie suivait son cours. J’ai repris mes études, préparé le concours de professeur des écoles et donné naissance à mon troisième enfant. Des années passées « la tête dans le guidon », mais pendant lesquelles je n’ai cessé de peaufiner l’histoire de Joey et des Mikrosaures. Jusqu’au jour où il m’est apparu qu’il était temps de redonner une chance à mon manuscrit.
En 2023, j’ai décidé de lui offrir toutes les possibilités d’être publié. Je ne savais pas encore comment, jusqu’à ce que j’écoute l’interview de l’une des éditrices d’Édith & Nous dans un podcast. Je n’ai pas hésité une seconde : le jour même, j’ai déposé mon manuscrit sur la plateforme.
J’ai bien fait de lui faire confiance, car quelques semaines plus tard, j’ai été contactée par Albin Michel Jeunesse [...].
Après des années de travail, j’étais prête à prendre mon mal en patience. Néanmoins, le retour de Lorène, une des éditrices, n’a pas tardé à arriver. Elle était vraiment enthousiaste ! Après m’avoir questionnée sur le parcours du texte, elle m’a donné des conseils judicieux que je n’ai pas hésité à appliquer. Parmi ses recommandations : changer le titre et apporter quelques modifications au prologue. Une éventualité que je n’avais jamais envisagée et qui, pourtant, faisait tellement sens ! J’avais soudain la sensation de m’être tiré une balle dans le pied pendant toutes ces années. J’avais fait des choix qui avaient sans doute amené les éditeurs à penser que je leur proposais un texte de high fantasy, ce qui n’était absolument pas le cas, puisque j’avais écrit de la science-fiction pour la jeunesse. Lorène a alors proposé mon texte à plusieurs maisons d’édition.
À nouveau, je me suis armée de patience. Le premier retour a été argumenté, mais négatif. Quelle désillusion. J’ai vraiment commencé à douter. J’avais la sensation d’être arrivée au bout de ce que je pouvais faire seule pour ce texte. J’ai partagé mes doutes avec Lorène. Elle m’a dit qu’elle comprenait, mais qu’elle m’invitait à ne pas me décourager. Je le sais désormais : elle avait plus d’une maison d’édition dans son sac.
J’ai bien fait de lui faire confiance, car quelques semaines plus tard, j’ai été contactée par Albin Michel Jeunesse qui souhaitait publier le premier tome de la série et signer le second (alors même qu’il n’était pas encore écrit). Que dire de ma joie quand, quelques jours après, j’ai reçu une deuxième réponse positive d’une autre très belle maison ! Mon histoire allait être publiée. Plus important encore : elle allait être lue ! Les Mikrosaures, mes petits dinosaures miniatures, allaient voir le jour. Pour de vrai.
Je suis très fière du chemin parcouru et je me sens chanceuse que ma route ait croisé celle de tant de personnes ayant choisi de défendre mon texte.
Il m’a alors fallu choisir à quelle maison j’allais confier mon texte. Une étape très délicate à laquelle je n’aurais jamais pensé être confrontée… Albin Michel Jeunesse a finalement retenu ma préférence.
J’allais encore devoir me montrer patiente. Nous étions en janvier 2024 et le texte ne verrait le jour qu’en mai 2025. Cela tombait bien, car j’avais un tome 2 à écrire ! J’y ai mis toute mon énergie (et tout mon temps libre !). Quand le travail éditorial du tome 1 a commencé, j’avais presque terminé l’écriture du second tome. Un timing parfait qui m’a permis de me consacrer à cette étape riche et stimulante des corrections. Notre objectif était de rendre le texte accessible au jeune lecteur, lui qui regorgeait de termes scientifiques et de noms de dinosaures compliqués. Un travail que j’ai eu beaucoup de plaisir à réaliser avec mon éditrice. Ensemble, j’ai vraiment la conviction que nous avons porté mon histoire encore plus loin que ce que j’avais pu imaginer. Elle a gagné en clarté et en qualité, sans être dénaturée.

Le dernier tome des Mikrosaures, Une drôle de créature, est sorti au mois de janvier 2026. La boucle est désormais bouclée ! Je suis très fière du chemin parcouru et je me sens chanceuse que ma route ait croisé celle de tant de personnes ayant choisi de défendre mon texte.
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Le challenge des années à venir sera de concilier mon métier d’enseignante, que j’exerce à temps plein, à celui d’autrice. Car si les idées ne manquent pas, elles ont besoin de temps pour germer et éclore. Depuis la publication des Mikrosaures, j’ai tout de même écrit deux autres romans pour la jeunesse. L'un d'entre eux devrait d'ailleurs rejoindre les tables des libraires en 2027 !

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