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Les histoires d'Édith

La belle histoire d'Anne Gourlaouen

Par 

Anne Gourlaouen

Le 

Jun 11, 2026

Après avoir travaillé comme responsable pédagogique dans un institut psychothérapique, Anne Gourlaouen se consacre aujourd’hui à l’écriture. Ses écrits la ramènent souvent à son univers professionnel passé, le monde des enfants exclus. L’Enfant du Pont des Écrevisses, son premier roman, a été édité aux éditions France Loisirs après avoir été découvert sur Édith & Nous.

Pourquoi j’écris ? La réponse est sans doute la même que pour « Pourquoi je lis ? »

Quand j'étais enfant, mes parents disaient : « Elle n’entend pas, elle lit. » À 20 ans, dans la chambre que je louais, la propriétaire avait surgi en hurlant : « Mais vous ne voyez donc pas que vous allez mettre le feu à la maison ? » Eh non ! Je ne le voyais pas. Les pommes de terre sur le réchaud étaient devenues des billes noires et moi, allongée sur le lit avec mon roman, je ne voyais plus les meubles autour de moi tant la fumée était épaisse. Lire, comme écrire, c’est d’abord oublier le monde qui ne me plaît pas toujours pour un autre ailleurs. Alors que je travaillais dans un centre pour enfants qui avaient des troubles psychologiques et comportementaux, la lecture m’a toujours aidée à me ressourcer après les violences quotidiennes et les turbulences institutionnelles. La lecture permet d’entrer dans une intrigue, de se laisser émouvoir, de s’intéresser à d’autres vies.

Des dizaines de milliers de mots à disposition, une mine de richesses quasi inépuisable.

L’écriture (je parle de fiction) c’est aussi cela, mais avec quelque chose de très singulier en plus. Pour écrire, il faut une raison profonde, et la plus inavouable, parce qu’elle a quelque chose de condescendant et de pervers, est celle de s’octroyer un pouvoir absolu sur les événements et les personnages, même si ce pouvoir est confidentiel, privé, inconnu de tous. Le pouvoir du créateur. C’est la raison la plus enfouie quand il y a le désir de la publication, cette reconnaissance qui valide les longues heures où l’on vit sans avoir besoin de personne. Ferais-je la même analyse avec la peinture ou avec la musique ? La seconde raison d’écrire, dicible celle-ci, moins pudique, plus en surface, c’est simplement l’attrait des mots et le plaisir de travailler avec eux. Des dizaines de milliers de mots à disposition, une mine de richesses quasi inépuisable. Des mots avec des nuances et avec des sens différents, des mots qui, à eux seuls, par l’agencement de leurs consonnes et voyelles, par leur phonétique, évoquent des couleurs, des bruits, des mouvements, des émotions.

Après les histoires que j’inventais, le soir, pour ma fille, j’ai commencé à écrire des nouvelles. C’est un format que j’aime beaucoup, car il permet un travail ciselé, minutieux et pourtant percutant. Il faut aller à l’essentiel, bien choisir ses mots et être redoutable avec ceux qui ne servent à rien pour les éliminer sans regret. Après un prix à un concours, j’ai pensé : « Tu as pu écrire dix pages, tu peux écrire plusieurs fois dix pages. » C’est ainsi que je me suis lancée dans La Certitude, devenue plus tard L’Enfant du Pont des Écrevisses.

J’adore lire, relire et rerelire, et réécrire toujours et sans cesse. Je ne me lasse pas des mots.

J’avais, à l’esprit, le début, la fin et une grande phrase entre les deux. C’est tout. J’ai avancé, enivrée par les idées qui affluaient, mais, très vite, je me suis empêtrée dans mes incohérences et mes répétitions. J’ai donc découvert mon processus d’écriture par empirisme. Aujourd’hui, je sais qu'il me faut une architecture avec quelques grandes parties claires et un axe à suivre jusqu’à une fin que je connais. Je réserve la souplesse pour les sous-parties. Comme je dérive facilement, même en empruntant des chemins buissonniers, je peux toujours revenir sur l’allée centrale. J’alterne, par quatre ou cinq chapitres, l’écriture « premier jet », que je trouve fastidieuse, avec la réécriture qui est un régal. J’adore lire, relire et rerelire, et réécrire toujours et sans cesse. Je ne me lasse pas des mots.

Quand j’ai eu terminé mon roman (il fallait bien le terminer un jour, même si la réécriture n’est jamais finie), je l’ai déposé sur Édith & Nous. J’avais découvert cette plateforme par hasard, et je dis merci aux fondateurs pour leur idée de génie. Non seulement leur plateforme donne de la visibilité aux auteurs, mais elle les forme et les informe s’ils le souhaitent. Le 6 novembre 2024, je recevais sur ma messagerie une proposition de contrat des éditions Liriade/France Loisirs. Tout a ensuite été très vite. Mon livre a été publié un mois et demi plus tard, en avant-première sur France Loisirs.

L'Enfant du Pont des Écrevisses d'Anne Gourlaouen

Aujourd’hui, mon roman est classé dans les meilleures ventes de France Loisirs. C’est une grande vitrine et le bouche-à-oreille fonctionne aussi très bien. J’ai été très surprise au début en constatant ce qui se passait autour de moi, au niveau régional. Lors d’une dédicace, il n’y avait plus de livres au bout d’un quart d’heure. Je n’avais jamais pensé à cet « après ». Mon but avait été de publier mon livre, qu’il soit sur toutes les étagères, qu’il passe en poche, qu’il soit traduit, qu’il devienne un film. Mais ça, c’était pour mon livre ! Moi, je faisais une dissociation totale. Mes premières malaisances ont commencé avec la famille, puis ce fut avec les amis, puis les anciens collègues. Chacun m’a reconnue ici ou là dans le livre. Parfois où je n’étais pas. Je les aime tous fort, mais j’ai réalisé que je préférais les lecteurs inconnus.

Maintenant, c’est le temps des dédicaces, des rencontres en bibliothèque et des salons. Je constate que j’y vais à pas lents, mais qu’à chaque fois, je reviens nourrie d’échanges inattendus, de sourires accueillants, de paroles fortes ou de mots discrets. Il y a quelque chose d’étrange dans ces échanges autour d’une histoire fictive. Il est trop tôt pour analyser ce que je ressens. J’écris actuellement mon second roman, un drame psychologique également. Ce sera un roman plus sombre qui traite de la maltraitance cachée, dans un milieu familial pathogène. Plus je m’éloigne de mon passé professionnel, plus il revient dans mes écrits.

Il est très difficile de se faire éditer. La première chose à faire est donc de ne jamais lâcher. Ne pas être le premier à s’éliminer.

Présentez votre manuscrit aux plus grandes maisons d'édition ! Simplement et en toute sécurité.

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