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Kimberley Reimeringer : Le manuscrit – Les red flags et les green flags vus par une éditrice*

Par 

Kimberley Reimeringer

Le 

Nov 27, 2025

Éditrice, Kimberley Reimeringer a dirigé deux maisons d’édition ainsi qu’une collection de poche, avant de développer son activité en freelance. Spécialisée en littérature de genre française (thriller, polar, feel-good, romance), elle met aujourd’hui son expertise au service de maisons d’édition et de structures éditoriales comme Édith & Nous.

La présentation d’un manuscrit à une maison d’édition est toujours une étape difficile, où l’auteur se pose beaucoup de questions. Quelles erreurs éviter ? Comment attirer l’œil de l’éditeur ? Comment donner toutes les chances à mon manuscrit ? Découvrez les conseils d’une éditrice.

Une présentation travaillée

Un manuscrit bien présenté fait gagner des points avant même la première phrase. Lorsqu’un texte arrive sur mon bureau, mon œil remarque immédiatement la mise en page : police de caractère standard, taille confortable, interlignage aéré, texte justifié. Ce ne sont pas des détails superflus, c’est au contraire le minimum attendu pour tout manuscrit soumis à une maison d’édition. Une présentation classique en Times New Roman, corps 12, interlignage 1,5 et des marges larges, garantit une lecture fluide et professionnelle.

À l’inverse, une présentation non soignée est un red flag immédiat : un texte dans une police excentrique ou en très petits caractères, des paragraphes serrés sans aucune aération, des chapitres enchaînés sans saut de page… Tout cela donne une impression d’amateurisme, et peut décourager l’éditeur avant même d’entrer dans l’histoire. Bien sûr, on n’exige pas des auteurs qu’ils maîtrisent toutes les subtilités typographiques, mais il s’agit de faire preuve de sérieux. Le fond est essentiel, mais la forme ne doit pas faire obstacle, pensez-y comme un coup de pouce bienvenu pour donner envie de vous lire !

Un style fluide et authentique (et non un festival de phrases alambiquées)

Une fois passée la forme, c’est l’écriture elle-même qui peut séduire ou faire fuir ! Ici, quelques red flags classiques reviennent souvent. D’abord, les phrases interminables ou trop complexes : rien de tel pour perdre un lecteur (et un éditeur). Si je dois relire trois fois une phrase pour en saisir le sens, c’est que le style manque de clarté. Des phrases trop longues ou mal construites nuiront systématiquement à votre roman : elles fatiguent le lecteur qui peut décrocher par manque de compréhension. Mieux vaut privilégier la simplicité et la fluidité, quitte à couper une longue phrase en deux ou trois. Un style limpide, ce n’est pas un style pauvre, c’est au contraire la marque d’un auteur qui veut avant tout raconter son histoire sans perdre son public en chemin.

Ensuite, méfiez-vous du piège du style « littéraire » à outrance. Des métaphores à chaque ligne, des mots rares à foison, ou des tournures tarabiscotées peuvent vite rendre la lecture indigeste. Je me surprends parfois à penser que certains auteurs font de la littérature au lieu d’écrire. Ils soignent chaque phrase comme une performance stylistique au détriment de l’histoire, ce qui finit par desservir le texte.

Le but n’est pas d’éblouir le lecteur avec votre vocabulaire ou vos images à chaque paragraphe, mais de le transporter dans votre univers de la façon la plus naturelle possible. Un style trop ampoulé trahit souvent un manque de maîtrise ou de confiance dans l’intrigue elle-même. À l’inverse, un style authentique qui sait rester discret quand il le faut, constitue un green flag. Il permet de s’immerger dans l’histoire sans effort, en servant le propos plutôt qu’en l’éclipsant.

Enfin, parlons d’un écueil plus subtil, mais bien réel : les digressions de l’auteur. Par exemple, un roman où l’on interrompt régulièrement l’intrigue pour énoncer de grandes vérités ou des réflexions personnelles extérieures à l’histoire va me faire lever un sourcil. Certes, la littérature peut véhiculer des messages et des idées profondes, mais ils doivent être incarnés par les personnages ou l’intrigue, et non assénés de manière artificielle. Gardez vos personnages au centre, ce sont leurs intentions et leurs voix qui importent dans la fiction.

Des dialogues qui sonnent vrai

Dans la continuité du style, un élément fait la joie ou le désespoir de tout éditeur : les dialogues. Un green flag indéniable, c’est quand les dialogues de votre manuscrit sonnent naturels, authentiques. Même si votre roman se déroule dans un univers fantastique ou au XVIIIe siècle, les échanges entre personnages doivent paraître crédibles, avec le ton et le rythme appropriés. En tant que lectrice, je dois pouvoir entendre les personnages parler sans que cela sonne faux ou trop littéraire.

À l’inverse, des dialogues maladroits ou artificiels me feront tiquer immédiatement. Par exemple, des personnages qui s’appellent par leur nom complet à chaque réplique ou qui parlent avec une grammaire irréprochable et un vocabulaire soutenu en toute circonstance, cela ne convainc pas : personne ne parle comme ça dans la vraie vie ! De même, gare aux dialogues qui n’existent que pour exposer des informations que tous les personnages concernés sont censés déjà connaître (on appelle ça le syndrome « Comme-tu-le-sais… »). Un tel dialogue sonne forcé, et le lecteur comme l’éditeur n’y croiront pas une seconde. Je recherche des dialogues avec du naturel et du rythme. Des personnages qui parfois hésitent, coupent leurs phrases, utilisent un vocabulaire cohérent avec leur histoire. Si tous vos personnages parlent de la même façon policée, le lecteur aura du mal à les distinguer ou à y croire.

Pensez-y : chaque ligne de dialogue doit avoir une intention, un conflit ou un enjeu, même sous-jacent. En retravaillant vos dialogues pour qu’ils soient percutants et sincères, vous gagnerez assurément le cœur du comité de lecture.

Personnages et intrigue : accrocher l’éditeur dès le départ

Passons au fond du texte, l’histoire en elle-même. Comme on le dit souvent, tout se joue dans les premières pages. Il faut savoir que, face à la pile immense de textes à évaluer, nous n’accordons souvent qu’une chance réduite à chaque histoire. Si le début ne pique pas notre curiosité, on passe au manuscrit suivant, c’est aussi simple et cruel que cela !

Évitez donc le démarrage lent ou trop générique. Un red flag courant, c’est un premier chapitre bourré de descriptions sans enjeux ou de contexte expliqué de façon pesante, au lieu de nous plonger in medias res. À l’opposé, un bon incipit est un green flag immédiat : il introduit un élément intrigant (un conflit, un mystère, un personnage charismatique) et donne le ton du roman. Alors, n’hésitez pas à retravailler longuement vos premières pages. Si vous devez passer des heures sur une partie de votre manuscrit, c’est bien celle-ci !

Au-delà des toutes premières pages, c’est l’ensemble de la construction de l’intrigue et la manière de présenter les personnages et l’univers qui va compter. Un green flag pour moi, c’est quand, très vite, je cerne qui est le protagoniste, ce qu’il veut et quels obstacles se dressent devant lui, au moins en filigrane. Attention, cela ne veut pas dire tout révéler d’emblée : il s’agit plutôt de distiller suffisamment d’éléments pour que l’on sache à qui on a affaire. Présentez vos personnages clés de façon mémorable, et n’introduisez pas dix personnages en deux pages au risque de noyer le lecteur. Mieux vaut se concentrer au début sur ceux qui sont essentiels à la scène d’ouverture et à l’intrigue principale. Les autres pourront apparaître progressivement une fois que l’on est bien ancré dans le décor.

J’apprécie également quand on devine assez tôt le but du protagoniste, sa quête, son désir profond ainsi qu’un aperçu de sa genèse (son passé, ce qui l’a amené là, dans les grandes lignes). Cela donne du relief et de la cohérence à l’histoire dès le départ. De même, une chronologie maîtrisée est importante : si vous jouez avec les flashbacks ou une narration non linéaire, assurez-vous que le lecteur ne se sente pas perdu. Un repère temporel clair en début de chapitre ou une construction intelligente qui permet de comprendre les allers-retours dans le temps sera un atout. En revanche, si je dois me demander quand se passe cette scène par rapport à la précédente, c’est mauvais signe ! Un récit qui manque de clarté dans sa chronologie ou qui part dans tous les sens donne une impression de fouillis.

Cela rejoint le souci du rythme : un manuscrit qui peine à trouver son rythme ou sa structure peut nuire à l’expérience de lecture. Par exemple, des chapitres trop longs où il ne se passe pas grand-chose, suivis de passages clés expédiés en deux pages, reflètent un déséquilibre. L’éditeur recherche au contraire une narration fluide et bien rythmée, qui maintient l’attention du début à la fin. Un bon manuscrit, c’est souvent un manuscrit qui trouve le juste milieu : assez de descriptions pour planter le décor et s’immerger, mais pas au point de ralentir l’intrigue inutilement ; assez d’actions et de péripéties pour tenir en haleine, mais pas au point de sacrifier la compréhension ou la crédibilité. Si ces éléments sont réunis, vous avez là de sacrés green flags qui me donneront envie de poursuivre ma lecture !

Orthographe et grammaire : ces fautes qui piquent les yeux

Dernier point, et non des moindres : la qualité de la langue. Un roman truffé de fautes d’orthographe ou de grammaire, c’est malheureusement souvent éliminatoire. Soyons clairs : même les meilleurs auteurs peuvent laisser passer quelques coquilles, c’est humain. Mais il y a des fautes fréquentes qu’il faut impérativement traquer et éliminer lors de vos relectures, sous peine de voir votre manuscrit recalé très vite. Les éditeurs y sont extrêmement sensibles !

Parmi les plus courantes en français, on retrouve les erreurs d’accord et la confusion entre futur et conditionnel. Cette dernière est un grand classique ! Mon conseil : relisez-vous attentivement et, idéalement, faites appel à un tiers pour corriger les fautes restantes. Il est très difficile de repérer toutes ses propres erreurs, surtout quand on a le nez dans son manuscrit depuis des mois. Des logiciels de correction ou des outils comme le Projet Voltaire peuvent aider, mais rien ne vaut une relecture humaine pour traquer les accords subtils ou les tournures bancales.

N’oubliez pas non plus de vérifier la cohérence de la ponctuation et des espaces, et d’éviter les fautes de frappe qui distraient. Un texte propre et maîtrisé sur le plan de la langue est un énorme green flag, il montre votre sérieux et permet à l’éditeur de se concentrer sur le fond, sans être parasité par la forme.

 

Souvenez-vous qu’un éditeur est avant tout un lecteur passionné qui veut aimer votre texte. Lorsqu’un manuscrit arrive entre mes mains, j’espère toujours y découvrir la pépite qui me fera vibrer. En éliminant les red flags et en multipliant les green flags, vous maximisez vos chances de retenir mon attention et de la retenir jusqu’à la dernière page. Votre manuscrit sera ainsi jugé sur ce qu’il a de meilleur à offrir.

Alors, chères autrices et chers auteurs en devenir, à vos relectures et révisions ! Corrigez, peaufinez et laissez vos voix et votre histoire briller. Bonne écriture et bonne chance, et qui sait, peut-être qu’un jour je tomberai sur votre texte avec ce petit frisson d’enthousiasme qui fait tout le bonheur du métier d’éditeur !  

 

*Green flag : signal positif. Red flag : signal négatif.

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